Interview de Serge Avédikian

“Partez à la découverte de l’Autre à travers les arts et le rapport universel aux cultures, à l’échelle humaine.”

Bonjour Serge Avédikian, pour commencer pouvez-vous vous présenter ?

Je suis acteur, réalisateur et metteur en scène. Je suis né en Arménie mais j’ai vécu entre deux cultures. Mes grands-parents étaient arméniens, mes parents sont nés en France mais ont dû partir pour l’Arménie Soviétique quand ils étaient jeunes pour des raisons politiques. Pour eux leur pays était la France où ils étaient nés, ils ont tout fait pour y retourner et ils y sont arrivés. J’ai donc été bercé par cette double culture tout au long de mon enfance. Cette diversité culturelle m’a beaucoup inspirée dans mes rôles et dans l’écriture de mes films.

Comment s’est passé votre enfance en Arménie ?

Mes parents m’ont inscrit dans une école française, toujours dans l’espoir de pouvoir retourner en France un jour. J’étais considéré comme un Arménien frère, un peu comme les Pieds Noirs ici, un Arménien venu d’ailleurs. J’ai toujours eu cette impression, d’être un peu étranger, alors que j’étais né là-bas. La richesse de notre famille était surtout culturelle, à travers cet attachement pour la France. Moi j’ai vécu à cheval là-dessus, tout en étant totalement de Erevan.

À l’époque vous aviez déjà un grand attachement pour la France, quel sentiment avez-vous ressenti en venant en France pour la première fois ?

L’arrivée en France a été une grande joie, c’était un vrai rêve pour moi. C’était le pays de mes parents, de leur éducation, je ne parlais pas couramment le français mais j’avais les oreilles remplies par mes parents. Les premières années ont été assez particulières, j’ai dû trouver ma place et m’intégrer car je ne me sentais pas aussi proche des Arméniens de France.

Comment votre carrière a-elle été lancée ?

Ça me plaisait terriblement d’apprendre des textes en Français, j’ai beaucoup travaillé seul pour parvenir à interpréter des rôles du répertoire du théâtre français. Je me suis ensuite mis à jouer en public très rapidement grâce à l’un de mes professeurs qui avait une troupe. J’ai ensuite monté ma propre compagnie en 1976 et c’est réellement en 1978 que je me suis fais remarqué par le cinéma après avoir présenté une pièce à Avignon.

Comment vous est venue cette idée de voyage ?

C’est un ami travaillant à Erevan qui m’a proposé de réfléchir à un voyage afin de partager le travail que j’ai effectué toutes ces années, il trouvait que ce travail méritait d’être exposé. L’idée m’a plu nous avons donc décidé de construire ensemble un voyage autour de ça. Mais ce n’est pas un voyage touristique, c’est avant tout un moment d’échange et de partage avec un petit groupe de personnes qui ont choisi de passer du temps avec moi, dans cet endroit-là. C’est une autre façon de découvrir et de partager mon travail, à travers ce moment exceptionnel et unique. Je vais pouvoir partager mes connaissances et connaître le ressenti des personnes qui m’accompagneront à travers leurs interrogations. L’idée est de faire découvrir une culture et un pays par quelqu’un qui vit en France mais qui a toujours maintenu la passerelle entre les deux pays, de découvrir ce pays différemment, par des visites de lieux spécifiques, des projections de films, des rencontres, des découvertes, des échanges…

Erevan,  Etchmiadzine, Ararat, Voskevaz… pourquoi avoir choisi ces étapes en particuliers ?

J’ai avant tout choisi les lieux, les monuments et les oeuvres que je voulais présenter et nous avons organisé les étapes en fonction de ces endroits. C’est ainsi que nous partirons dans le village de Khatchik à la rencontre des habitants figurant dans l’une de mes comédies «Celui qu’on attendait», mais aussi dans les villes où se trouvent les oeuvres de grands artistes arméniens. Ces passerelles se feront donc à travers les lieux, les oeuvres et les regards de ces artistes qui ont marqué l’histoire de l’Arménie et qui ont tous côtoyé la France à un moment donné de leur vie. C’est avec ce lien au monde artistique que j’emmène ce groupe découvrir un pays extraordinaire, à la découverte de l’Autre, à travers les arts et le rapport universel aux cultures. Toute culture a une belle part d’universalité quand on la découvre de l’intérieur. La culture c’est l’expression libre des artistes, c’est un regard universel au monde.