Interview : Babu Lal Tamang, une histoire hors du commun

Bonjour Babu Lal, tout d’abord merci de nous accorder un peu de votre temps pour que nous puissions échanger ensemble! Pour commencer, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Je suis né dans un petit village et je suis issu d’une famille vivant de l’agriculture. A cette époque-là, le premier enfant devait se rendre dans un monastère pour devenir moine, c’est pourquoi j’ai passé les six premières années de ma vie dans un monastère. Aujourd’hui, j’ai 43 ans et j’ai du mal à croire que je suis arrivé jusqu’ici. Durant mon enfance, les problèmes principaux de notre village étaient de se nourrir correctement, éduquer les plus jeunes et la santé. De nombreux enfants mouraient à cause du manque de nourriture et de soins. En raison de cela, c’est à l’âge de 14 ans que j’ai décidé de partir pour Kathmandu dans le but de trouver du travail. A cette époque-là, il n’y avait aucun moyen de transport et nous devions marcher 4 jours avant d’atteindre Kathmandu, c’était pour moi comme partir dans une tout autre ville.

Avez-vous réussi à trouver un travail à Kathmandu ? Vous avez commencé votre carrière en tant que porteur c’est bien ça ?

Quand j’ai atteint Katmandou, j’ai cherché de nombreux jobs mais je n’en ai trouvé aucun. Je manquais vraiment d’argent et je ne me plaisais pas dans ce nouvel environnement. Puis j’ai finalement rencontré un prêtre qui était artiste, il dessinait des thanka (peintures de forme rectangulaire exécutées sur des toiles de lin, de coton ou parfois de soie et imbibées de chaux, de gomme végétale ou animale).  Après l’avoir rencontré j’ai travaillé pour lui pendant 1 an. Ensuite j’ai rencontré un guide de trek qui avait l’habitude d’emmener des touristes pour leur montrer les oeuvres dans l’atelier du prêtre. Ce guide m’a beaucoup appris sur la montagne, la géographie du Népal et sur les expéditions dans différents lieux. Après avoir entendu parler du trekking par ce guide, j’étais très motivé et il a commencé à m’emmener dans ses expéditions. Pour la première fois j’ai fais le tour de l’Annapurna en tant que porteur à ses côtés. Après cette première expédition, la seule chose que j’avais envie de faire c’était du trekking. Quelques temps après, je suis passé de porteur à cuisiner puis je suis devenu assistant d’un guide, puis guide moi-même, pour enfin finir guide d’escalade.

Comment était votre vie à Katmandou à cette période-là ?

Lors de mon arrivée à Kathmandu j’étais très nerveux car c’était un environnement que je ne connaissais pas. J’étais choqué de voir les choses pour la première fois notamment les bus ou les motos ! J’étais aussi très surpris de cette manière de vivre, très différente de celle que j’avais connu jusque là. Dans mon village, chacun se respecte, prend soin des autres, c’est comme une grande famille, tout le monde est heureux et plein de joie mais je n’ai pas retrouvé la même chose à Kathmandu.  Au départ, je faisais le ménage dans un petit hôtel de la ville, ce fût une expérience très dure pour moi car le salaire était très faible et le travail très intense. Mais j’ai continué jusqu’à ce que je trouve un autre emploi.

Ensuite vous avez fait la rencontre d’Alexandre ? Comment s’est passé cette rencontre ?

Il y a bien longtemps j’ai travaillé dans une agence de trekking et la directrice était une française. Alexandre a rejoint l’agence dans laquelle je travaillais et nous avons commencé à travailler ensemble. A l’époque j’étais guide d’altitude de haute montagne et Alexandre me contactait régulièrement pour emmener des clients, c’est comme ça que nous avons commencé à sympathiser.

Donc maintenant vous travaillez à Tribeni Trek, quel est votre rôle au sein de l’entreprise ?

Nous sommes trois à travailler à Tribeni, nous sommes comme une famille. Les trois fonctions sont très différentes les unes des autres. Mon rôle est de gérer l’organisation des treks et de manager les équipes.

Pouvez-vous nous dire combien de treks vous faites chaque année ?

Normalement, je n’en fais pas tant que ça dans l’année. Je dirais entre 3 et 4 treks par an car je suis très occupé au bureau par toute l’organisation.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre job ?

Ce que je préfère c’est partir en trek. J’adore marcher, explorer de nouvelles routes, découvrir de nouveaux espaces car j’adore la nature. Cela me motive énormément, je suis alors heureux et comblé.

Quelle est l’expédition dont vous êtes le plus fier ?

Je suis fier de toutes mes expéditions mais si je devais en citer une en particulier ce serait celle de Bhirkuti car c’était ma toute première expédition. Nous n’avions pas pu dormir car la tempête avait emporté nos tentes et comme c’était ma première expédition j’étais un peu effrayé. Nous pensions que nous allions tous mourir ce soir-là! Mais nous n’avons pas perdu espoir et nous sommes restés courageusement debout jusqu’au lendemain matin.

A l’inverse, quelle a été pour vous la situation la plus compliquée à gérer ?

L’expédition de GyajiKhang  fût la plus dure à gérer car les guides ont décidé d’amener les porteurs au camp d’altitude alors que normalement la loi ne nous autorise pas à y accéder. Le ton est monté entre les porteurs et les guides mais j’ai finalement réussi à les convaincre de monter et ils ont tous commencé à préparer leurs sacs à dos. Mais au même moment, les guides ce se sont rebellés, les porteurs ont commencé à s’en prendre aux eux et ont détruit une partie des réserves. Au total, nous étions environ 38 porteurs, ce fût dur pour moi de les convaincre mais j’y suis quand même arrivé.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs voyageurs souhaitant découvrir le Népal ?

Je veux leur dire qu’il y a plus de 4 000 agences différentes au Népal et il existe une grosse compétition entre elles. Elles vous donnent de belles informations et vous proposent des prix alléchants mais la qualité de leurs services n’est pas forcément au rendez-vous! Il est donc important que les personnes s’informent bien à l’avance sur les agences en question. Je voudrais également leur dire que le Népal est un pays que tout le monde devrait visiter au moins une fois dans sa vie.. C’est un petit pays riche en culture, traditions et les paysages y sont extraordinaires. Au Népal il y a plus de 200 castes et 200 langues différentes. C’est un pays où toutes les religions vivent ensemble : bouddhistes, Hindous, Musulmans, Chrétiens. Vous pouvez faire plein d’activités différentes comme du trek, de la randonnée, de l’alpinisme, du rafting, du yoga, de la médiation… En enfin je voudrais leur dire qu’une visite au Népal n’est pas seulement l’occasion d’admirer des beaux paysages mais c’est aussi le meilleur endroit pour partager différentes cultures, traditions et une façon de vivre unique. Je dirais simplement aux futurs voyageurs de profiter de votre séjour au Népal avec bonheur.

Merci beaucoup Babu Lal pour cette belle interview, nous vous souhaitons le meilleur dans votre travail et de belles explorations à venir !